Veolia et Suez dans le même bateau : les collectivités tombent à l’eau ?

Nous avions, dans ces précédentes colonnes, commenté les tentatives de rapprochement opérées à l’automne dernier par VEOLIA pour le rachat de son concurrent SUEZ.

Ces deux poids lourds du secteur de l’eau et des déchets (entre autres activités) ont bataillé – procédures judiciaires d’urgence, communiqués de presse, interventions médiatiques de leurs dirigeants – mais semblent aujourd’hui s’être mis d’accord (notamment grâce à la médiation du Directeur général du Trésor ce qui démontre encore l’intérêt de l’Etat pour cette fusion).

L’accord, toutefois provisoire, devrait permettre d’éviter l’OPA « hostile » envisagée par VEOLIA et se solderait par un rachat complet de SUEZ, au prix de 20,50 euros par action (montant total de l’opération : 26 milliards d’euros, soit 1,8 de plus que prévu initialement). Il impliquerait également la cession, immédiatement après le rachat, des actifs liés à l’eau municipale et aux déchets solides en France. En effet, la création de ce futur « super champion mondial de la transition écologique » dixit Antoine Frérot, pose un certain nombre de question sur le plan du droit de la concurrence.

Les noms des repreneurs des actifs liés à l’eau et aux déchets circulent déjà : il pourrait s’agir des fonds d’investissement français ARDIAN (qui détient déjà INDIGO, anciennement VINCI PARK) et MERIDIAM, de l’américain GIP, et de la Caisse des dépôts et consignations.

Dès l’automne dernier, les collectivités ont fait part de leur crainte quant à cette fusion.

Et il est vrai que le sujet de l’eau, de son coût et de l’externalisation de sa gestion interroge. Plusieurs collectivités se plaignent d’une forme limitée de concurrence en la matière, ce que ne devrait pas adoucir une telle concentration, même si les actifs liés à l’eau devraient passer entre de nouvelles mains.

Faut-il alors voir dans cette manœuvre une opportunité plus grande pour une reprise en régie de ces services publics ? Certaines collectivités n’ont pas attendu et franchissent de plus en plus ce cap.

Certes couteux et délicat sur les plans organisationnels, techniques, sociaux, un tel choix pourrait toutefois être d’autant plus justifié si les collectivités ne sont pas assurées de pouvoir compter sur une saine concurrence des acteurs privés.

Dans les prochains jours, il faudra probablement s’attendre à une réaction des élus et des associations d’usagers ou de collectivités. La finalisation de l’accord permettra également d’avoir une meilleure visibilité sur le sort des actifs concernés, pour autant que l’accord final soit validé par les autorités européennes et nationales chargées d’assurer le respect du droit de la concurrence. Sur ce dernier point, les collectivités ne doivent pas rester inactives et doivent examiner des à présent les conséquences de cette fusion sur leurs contrats.

 

Samuel Couvreur

Partagez sur ....
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin